Le troc de maisons

Je crois que la consommation collaborative est en train de renverser le caractère individualiste de nos sociétés contemporaines. des expériences comme le troc de maisons réinventent non seulement ce que nous consommons mais aussi comment nous consommons. Poussés par une insatisfaction grandissante dans leur rôle de consommateurs robots, manipulés par le marketing, les gens se tournent de plus en plus vers des modèles de consommation qui placent l’usage au-dessus de la propriété, la communauté au-dessus de l’individualisme et la durabilité au-dessus du gaspillage

Francesca Forno, professeur en sociologie de la consommation, Université de Bergame 

L’échange de maison entre particuliers permet de freiner l’expansion de ce tourisme traditionnel, de réaliser des économies puisse qu’il n’y a pas de location à payer, de créer une connexion et du lien social entre les échangeurs. L’authenticité est devenue un privilège face au tourisme anesthésié proposé par les agences de voyages.  Les vacances dans une maison locale sont  enrichissantes et immersives, l’environnement est respecté, la vie y est originale.  Cet écotourisme redonne de la vigueur à l’économie environnante, il y a de multiples raisons pour préférer troquer sa maison quelques jours ou quelques semaines.  L’échange commercial n’existe plus,  ce sont des vacances totalement nouvelles où vous n’êtes plus contraint de vivre serré dans un bungalow, une chambre d’hôtel. Les ballades en famille avec les enfants sont un plaisirs devenant  de véritables retrouvailles.


troc de maisons le marché

L’échange de maisons est, en effet, en pleine expansion : par l’intermédiaire du leader mondial, HomeExchange.com, 75.000 échanges ont été effectués en 2012, et 85 000 le seront en 2013.

 « On peut doubler ces chiffres, pour avoir une idée des échanges mondiaux », indique le service de presse de HomeExchange.com (TrocMaison.com, dans sa version française).

Nombre d’échanges de maisons estimé dans le Monde en 2013: 150 000.

« En France, nous avons constaté une hausse de plus de 30 % du nombre d’adhérents depuis 2005« , assure-t-on, chez Homelink.fr. (28 000 offres dans 72 pays).

Cet essor est lié à Internet, qui permet d’afficher ses annonces en ligne.

 Deux professeurs de l’université de Bergame (Italie) ont souhaité se pencher sur le profil des échangeurs.  Avec l’accord de HomeExchange.com, elles ont posé des questions aux  46.000 membres de ce réseau, et recueilli 7 000 réponses, au premier trimestre 2013, ce qui en fait la plus grande enquête jamais réalisée à ce jour.

Cette étude permet de mieux connaître ces échangeurs de maisons : Ce sont avant tout des familles avec enfants à plus de 50%, entre 45 et 54 ans (28%).

 

 Sans grande surprise, 70% des usagers du troc de maison ont un emploi à plein temps, et parmi eux 24,9% exercent des professions libérales ou sont entrepreneurs.

 

De quoi expliquer un certain goût pour l’indépendance et un choix pour des formules de vacances non conventionnelles. Les retraités se taillent également une large part avec 24,1% de répondants ; l’aspect économique du troc de maison peut être attractif pour un retraité vivant sur un revenu fixe.

 

62 % sont diplômés de l’enseignement supérieur, d’ailleurs, ces échangeurs n’aiment pas bronzer idiot et 84% d’entre eux fréquentent les musées et les sites naturels.

Cette communauté a une valeur commune rare : La CULTURE.

 

D’après l’étude, 98% s’intéressent au patrimoine culturel.

 Les cinq pays les plus représentés sont les États-Unis, la France, l’Espagne, le Canada et l’Italie.

Les motivations invoquées pour échanger sont, bien sûr, en premier, l’argent : pour 33,3 %, cela permet de faire des économies; et, par conséquent, de voyager plus souvent (23,1 %). D’ailleurs, 42 % des séjours durent entre deux semaines et un mois, soit plus longtemps qu’à l’hôtel.

 

Pourtant, les échangeurs ne sont pas spécialement modestes, une majorité de voyageurs (28 %) dépensent entre 1000 et 2000 dollars pendant leur séjour. 17 % dépensent même entre 2 000 et 3 000 dollars. A l’inverse, 25 % dépensent entre 500 et 1000 dollars.

 

Ce mode de voyage n’est pas nouveau, tout comme le troc, il bénéficie d’une nouvelle jeunesse grâce aux nouvelles technologies qui permettent une mise à l’échelle beaucoup plus large et des outils permettant la mise en place de la confiance entre inconnus.

Nous distinguerons 2 types d’acteurs :

 

 Le prolongement on-line de communautés existantes Offline

 

 Que ce soit Homelink crée en 1953 par David Ostroff , un jeune professeur à New York qui souhaite échanger sa maison pour passer des vacances loin de l’effervescence de la ville et établit une liste de collègues enseignants dans les villes et états voisins, ou HomeExchange crée en 1992 par Ed Kushins en Californie pour élargir le concept entre la Côte Est et la Côte Ouest des États Unis, puis dans le Monde, ces initiatives précèdent largement l’arrivée d’Internet.

 

 Il s’agit de communautés préexistantes de professeurs qui partageaient 2 choses : De longues périodes de vacances et des revenus limités.

La confiance dans ces réseaux gérés par catalogue papier était donc induite du fait de leur appartenance au même corps de métier…

 

  Les plates-formes d’échanges de maisons non réciproques ..

 

Les nouvelles plates-formes crée depuis 2011 sont nées de la tendance de l’économie collaborative et proposent un nouveau service : L’échange non réciproque permettant de capitaliser sur son bien tout en différant dans le temps notre séjour et surtout en pouvant choisir un nouvel hôte..

 

 Il s’agit de troc avec monnaie complémentaire comme étudié précédemment, à une chose près, il s’agit de notre maison.

Ces plates-formes se sont créent grâce aux nouvelles technologies, elles permettent d’élargir la pratique de l’échange de maisons à des échanges non réciproques grâce à l’accumulation de “points” ou “crédits” ou “nuitées” sur la plate-forme.

acteurs

 Prolongement on-line de communautés existantes Offline

  • Etude de l’acteur HomeExchange : Une communauté engagée

homeexchange

 HomeExchange réunit une communauté mondiale de passionnés de voyage qui partagent les mêmes valeurs. Une communauté fondée sur la confiance, la bonne foi, le respect mutuel.

 Le premier site du groupe est né en 1997 et comptait déjà 1 300 membres dans 18 pays en 1999.

Le site est aujourd’hui décliné dans 16 langues, y compris le français Trocmaison.com (2005) et HomeExchangeGold.com, positionné sur le marché du luxe, a été lancé en 2012.

46 000 membres au sein de 153 pays vont y réaliser près de 85 000 échanges en 2013.

HomeExhange se positionne comme le leader sur ce marché.
Seulement ⅓ des maisons proposées sont des résidences secondaires, il s’agit vraiment d’échange réciproque de maison principales.

Ce qui oblige des deux côtés à une attention particulière à la maison de l’autre.

 D’autre part, selon l’étude citée précédemment, lorsqu’ils ne voyagent pas, les usagers du troc de maison s’intéressent de près à leur environnement immédiat. Près de trois répondants sur cinq (59,1%) se déclarent engagés dans des actions au bénéfice de la communauté. Cet engagement peut prendre des formes aussi diverses que la participation à des associations caritatives de proximité (32,8%) ou la protection de la nature (22,7%).

Ce sont des usagers respectueux des autres et de la nature, ce qui en fait de parfaits échangeurs de maison digne de confiance !

Cette communauté a la chance de bénéficier de la meilleure des auto-sélection, la culture…
C’est pourquoi il n’y a pas de notations des membres sur le site, seulement des retours d’expériences à la discrétion des échangeurs.


Par contre, la plate-forme intervient pour vérifier l’identité des membres (CB vérifiée, numéro de téléphone et compte sur les réseaux sociaux) et mettre à disposition des modèles de contrats d’échange.

Il n’y a pas de modérateur, les membres le font de façon engagée…

Ce type de communauté est de loin la plus qualitative qui existe au sein de la consommation collaborative.

 Elle est passée de 1300 membres en 1999 à plus de 47 000 en 2013 et cette croissance continue et maîtrisée a permis une bonne intégration de chaque membre.
Le modèle économique est basé sur un abonnement; Il permet notamment de rémunérer 50 salariés en temps partiel ou plein selon les besoins de chaque communauté local et qui représentent 21 nationalités différentes.

 A noter : le Capital de l’entreprise est constitué uniquement de fonds propres, divisé en 3, Ed Kushins, le fondateur, William Heinzer qui dirige la zone Europe et l’actuel COO, ancien n°3 de Sony, Jim Pickell.

L’entreprise a grandi de façon organique, sans levée de fond ni emprunt .

En 2013, le chiffre d’affaire sera d’environ 5,6 Millions de dollars.

60% des inscrits sont sur un abonnement annuel de 7,95€/mois, les 30% restant ont préféré la formule 11,95€/mois sur 3 mois.

Les plates-formes d’échanges de maisons non réciproques ..

3 cas étudiés

loveswaphome

36 000 membres dans 150 pays

Crée en Septembre 2011, le site compte 36 000 membres dans 150 pays, 47 000 propriétés en ligne.

Les “swap points” ont été intégrés seulement depuis Septembre, date de la 3ème levée de fond auprès de MMC Ventures pour un total de 2,5 Millions d’euros cumulé depuis 2011.

Jusque-là, la plate-forme permettait d’échanger bien sûr, mais aussi de louer tout simplement sa maison si l’échange ne convenait pas.

Le modèle économique repose sur un abonnement à la plate-forme, donnant accès à autant d’échanges que possible et graduant ses abonnements de l’argent (12€/mois ) à la platine (42 €/mois) avec des services supplémentaires comme l’accès aux salons des aéroports, la certification des hôtes et la mise en vedette de l’annonce sur le site.

La plate-forme souhaite offrir une expérience de réassurance afin de démocratiser l’échange de maison.

  •  Guest to Guest : La puissance des sous-communautés de confiance

GtoG

Chiffres au 2 décembre 2013 (sources du site) : 28 000 membres dans 157 pays

Guest to Guest s’est crée en Octobre 2011 avec la volonté de rendre accessible au plus grand nombre cette pratique limitée par la réciprocité des dates et des maisons dans un échange classique.

Les Guestpoints sont à la base du modèle, calculés selon un algorithme conçu spécialement pour le site.


Pour pallier au manque de confiance qu’inspire la non réciprocité, le fondateur Emmanuel Arnaud a l’idée de créer des groupes d’intérêts afin de faire se rencontrer des personnes qui se ressemblent.

 En effet, il est avéré que nous faisons plus confiance à ceux qui nous ressemblent, et la création de micro communautés est sans doute le gros avantage de ce site.

Il permet non seulement aux utilisateurs de se retrouver dans des référentiels communs  avec des groupes ouverts (styles de vie, sports, nationalités et origine, loisirs passions, métiers et mobilité) mais également de connecter des membres via des groupes fermés : Amis, entreprises, réseaux d’anciens, associations ont leur accès privé et peuvent échanger uniquement entre membres de ces cercles privés.

 Ainsi, 700 membres salariés d’Air France utilisent le service grâce à l’abonnement payé par le CE de l’entreprise qui permet de tisser des liens entre ses salariés et donne une image 2.0 de l’entreprise.


En terme de réassurance, le site multiplie les gages de sécurité, certifiant lui-même les membres contre rémunération, permettant les avis online et la connexion via les réseaux sociaux mais surtout le point fort est leur système de caution.
En effet, prise par 70% des échanges, la caution est l’outil principal de réassurance

proposé par le site qui prélève 3,5% de commission pour fournir ce service.


Dernièrement, ayant constaté que les cautions étaient rendues en intégralité à 98%, les 2% restant étant rendues partiellement avec un dédommagement de 50€ en moyenne, le site a décidé de développer un système permettant un encaissement de la caution uniquement en cas de désaccord. Ainsi, les membres sont rassurés et n’ont pas à avancer de frais non plus.

Le modèle économique de la plate-forme est du freemium comme vu précédemment, c’est à dire que le service de base est gratuit et accessible à tous, et des services payants sont proposés (la certification est proposée pour 20€ par exemple, l’achat de point avec 1€=1point).


Ainsi, seul 30% des échanges sont faits gratuitement, la commission sur les cautions étant prise dans 70% des échanges. Enfin, une troisième source de revenus est constituée grâce aux partenariats avec les CE des entreprises.

Cependant, contrairement au système de l’abonnement qui procure des revenus stables et récurrents, le modèle en freemium oblige d’atteindre une masse critique rapidement et une dynamique d’échanges forte entre les membres. Le site vise le Million d’utilisateurs d’ici 2016.

  • Cosmopolithome : L’échange de nuits ou nightswapping !

cosmo


A la croisée des pratiques du troc, du couchsurfing et de la location saisonnière…

Le site propose des nuitées dans différents logements, le concept étant que l’on cumule des nuitées en hébergeant des invités que l’on peut ensuite utiliser sur l’ensemble des hébergements proposés.

 3 types d’échanges sont possibles :

– Echange réciproque classique,

– Échange non réciproque via les nuitées cumulées, et

– Echange en chambres d’amis.


Afin d’éviter les écueils d’équivalence de standing, un algorithme évalue le standing de l’hébergement en fonction de 5 critères :

le type de logement, la superficie, le niveau de confort, le nombre de chambres disponibles ainsi que l’attractivité touristique de la localisation.


Enfin, si le voyageur ne dispose pas assez de crédit de nuitées, il peut en acheter au site directement, mariage agile entre la location et l’échange.


Au niveau des assurances, le site propose toute une gamme de services sur-mesure.

Le site ambitionne une communauté d’ 1 Million de nightswappers et a déjà dépensé 1,5 Millions d’euros en communication off et online en 2013.

Le troc de maisons permet de voyager moins cher et mieux, un nouvel eldorado selon les professionnels de ce secteur.


Les chiffres sont encourageant puisque 150 000 échanges de maisons en 2013 avec une moyenne de 20 jours par échange, cela donne 3 Millions de nuitées ( 4 Millions réalisées par Airbnb..).

Le gros avantage de ce système réside dans la non déclaration de revenus liés à la location de son habitation.

conclusion

Comment soutenir la croissance sans diluer l’esprit de la communauté ? Toute la question est là…
En effet, des plates-formes comme Home Exchange ont su faire évoluer et grandir leur communautés de façon maîtrisée, les usages qui en résultent sont clairement caractéristiques d’un tourisme citoyen..

A l’inverse, la course à la masse critique peut amener certaines plates-formes à mettre en avant les avantages économiques et fiscaux en premier lieu, la croissance de la commauté étant alors plus difficile à contrôler d’un point de vue des valeurs partagées..

Cosmopolithome est un exemple de plate-forme qui surfe sur le mouvement avec un objectif quantitatif clairement identifié, le fondateur n’hésitant pas à mettre en avant la non déclaration aux impôts des vacances comme argument dans une des newsletter adressée à sa communauté…

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