Sites de troc de biens : Panorama

Etude des différents sites de troc permettant la rencontre entre l’offre et la demande, depuis le site de petites annonces 1.0 jusqu’à la place de marché dynamique dopé par des algorithmes surpuissants…

Le tour des acteurs s’achèvera avec un type d’acteur 3.0 …Le dépôt vente digital ..

definition

Le troc est ce système ancestral permettant d’échanger des biens ou des services en supprimant les échanges monétaires ou en utilisant des monnaies complémentaires.

La pratique du troc n’a jamais disparu , elle est toujours estimée à 15% des échanges mondiaux et resurgit quand il y a une crise économique et que la monnaie principale vient à manquer.

Les sites de troc se sont multiplié depuis 2005 et donnent un nouvel élan à ces pratiques via des communautés virtuelles, le principal frein étant de faire se rencontrer l’offre et la demande.

3 indicateurs permettent de mesurer la performance d’un réseau de troc :

  • La masse critique, à atteindre pour optimiser le nombre d’utilisateurs et d’offres dès le démarrage du site de manière à éviter le « syndrome du restaurant vide » qui explique l’échec de bien des services qui ont essayé de créer des services de troc

  • La diversité des ressources : Le potentiel des échanges s’optimise si la gamme des ressources est restreinte

  • Le nombre de transactions par membres : Plus la communauté compte de membres et plus ses ressources sont concentrées, plus le nombre d’échanges est important et le réseau dynamique.

marché

 

Avec la crise de 2008, le troc redevient un mode de consommation à part entière, des plates-formes sur internet permettent aux internautes de créer leur univers de troc et d’échanger avec d’autres troqueurs facilement en ligne. Les produits les plus troqués sont les produits culturels et de divertissements, en effet, dès la cours de récréation cette pratique apparaît pour échanger des billes ou des cartes Pokémon.

En 2eme position arrivent les vêtements de marque qui rendent accessibles des vêtements haut de gamme sans dépenser, et permettent de créer des troc parties dans la vraie vie entre membres… Ces pratiques sont motivées par la perte de pouvoir d’achat majoritairement et la dévalorisation trop forte de ses biens sur les sites d’occasion, l’aspect socialisant de l’échange est possible mais pas prioritaire.   Le troc se termine sans débit ni crédit, une fois les mouvements effectués selon les termes de l’accord, la vente est close, selon la loi, le troc est considéré comme une vente par compensation.

 

Selon l’enquête BVA pour Ebay- Avril 2010, les vêtements et accessoires en bon état non utilisés représentent 1,7 milliard d’euros, soit 114 euros par foyer.

 

Un constat positif appuyé par les enquêtes de l‘Observatoire Cetelem de 2013 qui déclare que si aujourd’hui 32% des Français se sont mis au troc, ils seront « dans les années qui viennent » 57% et 53% à l’échelle européenne.

 

 les sites de troc

Le Troc avant internet : les SEL

Nés au Canada dans les 80e , les SEL ( Systèmes d’Echanges Locaux) permettent de créer des échanges multilatéraux de biens , de services et de savoirs au sein de groupe de personnes de proximité via une monnaie complémentaire.

Les banque du temps comme les Accorderies sont une forme de SEL avec le temps comme monnaie.

Le 1er SEL en France ? 1994 en Ariège

En juin 2012, il y en a 470 dans toute la France…

Ces SEL s’organisent autour d’un tiers lieu physique, et les comptes sont tenus sur papier, nous sommes à l’ère pré-internet…

Le Troc 1.0 : les sites de troc basés sur petites annonces avec monnaie virtuelle

Digitroc 

digitroc

En France, en 2005, le portail consoGlobe a créé son premier service collaboratif : une bourse d’échange basé sur un système de points : digitroc.com.

 

En 2005, ces services comptaient 60 000 membres contre 2, 5 Millions en 2012 ( 11 Millions de pages vues par mois, source consoglobe ).

 

Dès 2005, la modélisation d’un service de troc sur internet a été faite pour démontrer la puissance d’un service fondé sur un système de points par opposition au système classique du troc (ou d’un SEL) dans lequel un échange devait être bilatéral, instantané et basé sur deux objets de même valeur.

 

En effet, les vrais sites de trocs fonctionnent plus comme de véritables bourses dans laquelle les points (les digiPoints dans le cas de digiTroc) jouent  un rôle crucial :

les points sont une monnaie qui permet de s’affranchir de contraintes du troc traditionnel d’objet à objet qui limitent fortement les possibilités de concrétiser des échanges.

Pour pouvoir échanger un objet contre un autre, il faut en effet :

  • trouver quelqu’un qui est intéressé par mon objet au moment où je le propose et où je peux l’échanger physiquement. Cette personne doit disposer d’un objet de valeur équivalente et qui doit également m’intéresser (contrainte d’intérêt)

  •  et au même moment (contraintes de temps).

Les deux sens de la transaction du troc physique doivent être simultanés.

À contrario, le système de points permet de fluidifier la bourse dans des proportions énormes : avec le troc via des points, on gère des annonces d’offres A et des annonces de recherche B.

Le service rapproche A de B et organise des « matchs ». ⇒ en ce sens qu’un site comme digiTroc est une bourse dynamique et pas un site d’annonces « à plat ».

  •  Les points permettent de dissocier les termes de l’échange dans le temps, dans l’espace, dans leur intérêt ou nature et dans leur valeur :

  • Les valeurs : je peux recevoir un objet d’une personne qui n’a pas d’objet de même valeur. Il suffit qu’elle dispose des points (un crédit) nécessaires qui cumule ou débourse de la valeur.

  • Le temps : je peux recevoir maintenant et donner plus tard ; pas la peine que la transaction soit simultanée. Mes points font office de tampon temporel.

  • La nature : comme avec des points je peux troquer ce que je veux, la contrainte de trouver l’objet dans la catégorie qui m’intéresse est levée. La monnaie est utilisable partout et tout le temps.

  • L’espace : grâce aux points, je peux donner quelque chose en un lieu et plus tard, recevoir autre chose dans un autre lieu d’une autre personne.

 

 

Le Troc 2.0 : Les sites de trocs via des plates-formes de “matching”

Les algorithmes utilisés permettent aux utilisateurs d’échanger avec des personnes à proximité pour favoriser les rencontres, de mettre en place des boucles d’échanges (équivalence entre deux biens) pour lutter contre la friction (difficulté à trouver un accord pour troquer 2 biens différents) et développer le troc circulaire.

Grâce aux nouvelles technologies et algorithmes de matching, les possibilités d’échanger se multiplient.

 

 

Pretachanger.fr : la plus grosse communauté

pretachanger

Créée en novembre 2011 à Nîmes,  pretachanger.fr s’est démarquée par la création d’un moteur de recherche intelligent dédié au troc entre particuliers.

Ce site de troc est en fait une plate-forme qui compte 50 000 membres fin 2013 et vient de levée 600 000 € auprès de Xange Partners Equity, filiale de La Banque Postale

 après une première levée de fonds de 150 000 € en 2013 auprès de 50 Partners, un fonds d’expertise regroupant 50 entrepreneurs.

 

 « Dans le troc, ce qui est compliqué, explique l’un des fondateurs Benjamin Augros, c’est de trouver quelqu’un voulant échanger un lot d’une valeur équivalente à votre lot. Nous avons donc mis au point un algorithme capable de mettre en lien des propositions d’échanges équivalentes entre elles. Cet algorithme est unique et représente la véritable valeur ajoutée de notre site par rapport à un autre site de troc

 

« La cible est naturellement féminine puisqu’au départ, nous avions ciblé le troc de vêtements d’occasion. Nous avons un peu élargi l’offre aux objets de décoration, au petit électroménager et aux articles de puériculture. Nous avons négocié des conditions tarifaires avec Mondial Relay pour l’envoi des colis dans 4300 points de distributions. Nous avons noué un partenariat avec le transporteur en mars dernier, une première pour Mondial Relay. »

Ce partenariat permet la gestion de la livraison des produits échangés via la plate-forme.

Le Modèle économique :

L’usage de crédits pour les frais de port, des abonnements premium, des services à valeur ajoutée et la publicité sur le site.

 

Myrecyclestuff : Des « super trocs » avec possibilités de TROQUER  en réseau à plus de 60 !

my-recycle-stuff

Depuis sa création en septembre 2008, le site de troc a fait de nombreux heureux, puisque le réseau social compte désormais 5000 troqueurs actifs

et une communauté de 15 000 personnes.


Pour Vincent de Montalivet, fondateur de MyRecycle Stuff,  l’idée de base est de monter une plate-forme sans transaction financière,

permettant aux membres de monter leur boutique en ligne en présentant tous les objets qu’ils souhaitent échanger et choisir d’autres objets dans les univers de chaque membre.

Leur algorithme est également différenciant :

grâce à la capacité de calcul des machines en réseau, l’algorithme permet une intelligence collective, un troc circulaire pour maximiser les échanges.

Ainsi, des cycles à plusieurs partenaires (jusqu’à 64 troqueurs) sont formés de telle sorte que la liquidité du système d’échange devienne quasi équivalente à un système gouverné par une monnaie.

Les ressources à troquer deviennent ainsi la monnaie d’échange utilisée par la communauté. Le moteur développé par MyRecycleStuff permet un matching basé sur la sémantique du catalogue construit par et pour la communauté.

 

Cela permet aux membres d’accélérer leurs échanges. La plate-forme compte environ 400 transactions par mois..

Le modèle économique de MyRecycle Stuff se base sur 2 leviers :

  1.  Une commission prise sur les frais d’expédition dans le cas ou les membres s’envoient mutuellement les biens via la poste. La plate-forme met en effet à disposition de ses membres un service d’étiquettes pour colis  générées en ligne directement et un outil de tracking des colis.

  2.  Un modèle de prestation de services en “marque blanche” de la technologie développée avec commission sur transactions. Cette nouvelle techno (subvention de 20 000 € d’Oséo pour la développer) qui permet une circularité des échanges grâce à un algorithme matchant la valeur des objets proposés simultanément (valeur donnée par chaque propriétaire) peut être adaptée à d’autres secteurs, notamment dans le public.


Kiditroc : Echange de packs de vêtements

Kiditroc, on gagne tous à échanger !

Kiditroc est un site de troc d’articles de puériculture permettant d’échanger des packs d’habits pour enfants en cumulant des points échanges, chaque pack sélectionné par un membre et envoyé donne un crédit d’1 point échange à son ancien propriétaire qui peut à son tour aller chercher un pack de son choix.


Cela libère le troc de la nécessité d’une coïncidence simultanée des besoins.


Ici , le point échange donne juste le droit de sélectionner un pack d’habits, la valeur de chaque pack est donc jugée égale initialement.


Le site n’interfère que pour faciliter l’envoi et la réception des packs et gère le compte de chaque membre.

Too-Short : un dépôt vente 2.0, un tiers lieu digital de troc et une association solidaire 

Too-short est un site de troc de vêtements d’enfants, jeux, livres et déguisements.

Le positionnement est unique en France, inspirée de la plate-forme américaine “Thred Up”, il s’agit d’un dépôt vente en ligne 2.0…

 

Cette plate-forme va encore plus loin dans cette démarche de redistribution, prenant un rôle de pivot dans la chaîne de valeur des produits..

Nous allons alors parler de chaînes CtoBtoC :Ici Too-Short

  • centralise tous les dons de pochettes de vêtements pré-affranchies au sein d’un entrepôt situé en Normandie,

  • les trie et sélectionne les vêtements à mettre en ligne sur le site, les repasse,

  • les conditionne à l’échange ou à la revente et les envoi une fois choisis.

Les mamans peuvent soit troquer, soit vendre les vêtementsles habits non sélectionnés sont donnés à des maternité pour des mamans en situation de précarité via l’association Too-short& Co partenaire de « Une Aire de Famille »

206 vêtements donnés le 3 février 2014..

La grande différence réside dans la valorisation des biens mis en ligne, ils sont effet valorisés par la plate-forme qui joue un rôle central dans la chaîne de valeur.Le référentiel commun utilisé permet de classer les vêtements selon les items : Très chic, incontournables, Chic et Basique.

Il y a un système de points permettant de s’affranchir du modèle “pack de vêtements” habituellement pratiqué dans ce secteur d’articles de puériculture.

1 point = 1 €

La Plate forme fait payer le service PIVOT 3,70 € par article choisi.

 

Il y a en plus un abonnement pour être PREMIUM et bénéficier d’articles en avant première et de plus de 2 pochettes par an (30 articles par pochette pré affranchies pour envoyer les vêtements à l’entrepôt).

Ce modèle permet de vérifier la qualité des produits échangés et garantir une qualité de service de professionnel. Il s’agit d’un bon exemple de nouveau business modèle CtoBtoC.

Ce modèle facilite l’expérience d’échange ou de vente du membre, l’acteur gère toute la chaîne de redistribution et se rémunère au retrait de nouveaux articles, le don reste complètement gratuit. Ce qui permet d’étoffer le catalogue des ressources en ligne pour dynamiser les échanges.

En Conclusion

Tous ces sites de troc de biens permettent de dynamiser le marché de la 2eme main, fournissant des outils de facilitation et de mise en adéquation des ressources d’une part, et de livraison des biens d’autre part.

Un troc entre particuliers avec une garantie de service de professionnels : est ce le visage du troc 3.0 ?


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