Les services en mode collaboratif, coup de main ou travail de pro, il faut choisir !

 janvier 19, 2016

Aujourd’hui, on a le droit de louer son appareil photo afin de rentabiliser son investissement, c’est toléré du moment que l’on déclare ses revenus, mais en fait, il s’agit d’une prestation de services (il n’y a pas changement de propriétaire de l’objet).

L’idée est de rentabiliser des ressources appartenant à la sphère privée…et de la ressource matérielle (objet, voiture) à la ressource immatérielle (temps, compétences), le raccourci est vite pris ! 

De cette économie de la fonctionnalité sont nées des plates formes de location de services, avec l’idée de compléter les revenus des particuliers en monétisant toutes prestations de type « coup de main »…

Comme si c’était devenu mal élevé de demander de l’aide au voisin…Le manque de relation ne permettant plus cette familiarité d’autrefois…Avec le paiement de la prestation en ligne et en amont pour éviter de demander à ses voisins, fini la barrière de la timidité !

Si on rajoute l’éclatement de la cellule familiale et l’absence de vie communautaire, tous les ingrédients sont réunis pour créer ces besoins.

Les outils de géolocalisation et le mobile ont permis de répondre à cette demande d’un nouveau genre, un espèce de e-commerce friendly de proximité … à savoir de demander à des inconnus non professionnels de venir monter notre meuble IKEA moyennant une somme payée sur la plate-forme (pas de black hein!).

Les services en mode collaboratif_html_432be8f4

Et dans ce monde de bisounours, tout le monde se note et se donne des appréciations en mode « sympas », bah oui on peut décemment pas flinguer un habitant de notre quartier on sait jamais..

Oui mais répondre à un besoin d’entre aide par des relations marchandes, ça ne fonctionne pas…

Et si nous sortons des relations marchandes…

Les relations non marchandes sont censées permettre de créer des liens et des rapports plus authentiques, en effet leur but est louable, c’est du don contre don..

Et si je vous dis que même les prestations de services en mode TROC via une SEL (Système d’échanges locaux, http://seldefrance.communityforge.net/node/9) ou via le WOOFING (http://www.msa.fr/lfr/embauche/wwoofing) peuvent être requalifiées en travail dissimulé ?

Mais que dit la loi en fait ?

Le texte de loi sur le travail dissimulé reste très clair : Les Sel sont considérées comme du travail dissimulé et donc sans garanties professionnelles. Dès lors que les échanges sont opérés dans un contexte organisé sortant de la simple relation bilatérale, la loi estime que les échanges dépassent le cadre de l’entre aide entre voisins et les qualifie de travail dissimulé.

Alors ces plates-formes sont-elles vouées à rester efficace à toute petite échelle ?

Comment encadrer la pratique des plateformes de services pour en protéger les travailleurs, sans brider leur croissance ?

Le terme sonne bien, « économie collaborative ».

Comme une utopie généreuse : « une société dans laquelle les gens se rendent des services entre eux, marchands ou pas. Un cours d’allemand contre du dépannage informatique, par exemple », résumait récemment Benoît Thieulin, président du Conseil national du numérique (CNNum).

Les services en mode collaboratif_html_m307cfc57C’est la version « bisounours ». Il y a l’autre, surgie dans l’actualité avec Uber Pop : des particuliers rendant un « service » payant, hors de toute législation et protection, au bénéfice financier de la plateforme numérique qui met en relation des clients avec ces « travailleurs », de fait dépendants.

« Si on n’encadre pas leurs droits, avertit Benoît Thieulin, on aura sur le long terme des générations de précaires ». C’est à ce casse-tête que s’attaque le gouvernement avec le projet de loi préparé par la ministre du Travail, Myriam El Khomri.

Pour l’aider, trois rapports : deux déjà rendus par Bruno Mettling, DRH d’Orange, et Benoît Thieulin, déjà nommé ; et l’autre programmé en février par le député Pascal Terrasse (PS, Ardèche).

Faut-il choisir entre la sphère privée de proximité (le bon vieux système D) et la sphère professionnelle ?

Faut-il inventer un nouveau statut pour ces travailleurs du troisième type, ni salariés ni vraiment indépendants ?

La ministre du Travail y semblait plutôt favorable, mais les syndicats sont absolument contre, pour des raisons opposées : peur d’une nouvelle rigidité côté patronal, crainte d’une trappe à flexibilité côté salarial…

Le projet Khomri devrait être présenté en mars. Avec un enjeu capital : faire de l’économie collaborative un atout, pas un épouvantail.

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