Les banques du temps : Solidarité ou travail déguisé ?

Le troc de savoirs entre particuliers passionnés est né en 2010 à New York via l’impulsion du collectif Ourgoods.

Ces échanges sans monnaie complémentaire permettent une totale liberté d’action sans être taxé de « travail dissimulé ».

En effet, la plupart des plates-formes d’échanges peer to peer font appel à une monnaie virtuelle afin de faciliter les échanges et

la valeur crée lors de ces coups de main échappe à toute taxation pour le moment…

Une exception cependant : LES BANQUES DU TEMPS...

Les Banques du temps, une des facettes du TROC DE SAVOIRS

 

troc de savoirs

LE VRAI TROC : LES Trade School

trade_school

Les “ Trade School” sont conçues comme des “écoles éphémères participatives”,  un espace d’apprentissage non traditionnel

qui fonctionne sur le troc d’objets ou de services entre élèves et enseignants.

Si vous souhaitez enseigner, il suffit de soumettre votre idée d’atelier et ce que vous souhaitez en échange de votre enseignement,

les organisateurs examineront ensuite votre demande.

Si celle ci est approuvée, elle sera affichée sur le site afin de permettre aux futurs étudiants de s’inscrire en ligne.

 Le jour J, vous pourrez rencontrer vos élèves, recevoir les articles demandés en échange, et profiter tous ensemble du cours.

 Des cours de taekwondo pour les nuls en passant par des cours de guitare , tous les hobbies sont représentés,  des conseils business et

des cours de storytelling seront également  très appréciés.

A Paris depuis Juillet 2012 les trade school attirent dans la capitale une moyenne de 12 participants à chaque fois :

Les cours sont proposés en ligne et se déroulent dans des tiers lieux qui mettent à disposition une “salle de classe” un ou plusieurs soirs par semaine.

 Cela rappelle le fonctionnement OFFLINE des SEL permettant de faire du troc de services (précédent article) …

Mais les SEL font pour la plupart appel à une monnaie complémentaire…

Le texte de loi sur le travail dissimulé reste très clair : Les Sel sont considérées comme du travail dissimulé et donc sans garanties professionnelles.

Dès lors que les échanges sont opérés dans un contexte organisé sortant de la simple relation bilatérale, la loi estime que les échanges dépassent le cadre de l’entre aide entre voisins et les qualifie de travail dissimulé.

 

 UNE EXCEPTION : LES BANQUES DU TEMPS

 

bdt2

Les plates-formes qui fonctionnent via une banque du temps échappent cependant à cette règle,  le temps ne permettant pas de monétiser un type se service.

 

L’IRS ( Internal Revenue Service) a déclaré en Angleterre que les échanges basés sur le temps ne représentaient pas des échanges commerciaux et n’étaient pas taxés comme pouvaient l’être des places d’échanges classiques.

Ainsi, la plupart des plates-formes de TROC d’EXPERTISES et de SAVOIRS entre inconnus se font via une Banque du temps.

 

Ces réseaux d’échange de services, compétences, connaissances et relations entre les gens prennent l’heure comme unité de valeur et d’échange.

 

 Les Banques du temps sont une nouvelle institution sociale ouverte à tous ceux qui souhaitent améliorer la qualité de vie quotidienne.

Ils  permettant de donner, de recevoir et de partager son temps avec respect envers les autres et la réciprocité.

 

Les Banques du temps favorisent la cohésion sociale, la confiance, l’amitié, la solidarité et le bon traitement des personnes qui sont des partenaires et associés.

 Les Banques du temps permettant à ses membres avoir accès à une large gamme de services et de fonctionnalités.

 

Ainsi, les membres peuvent échanger des connaissances et des loisirs, aider à des tâches quotidiennes, s’occuper des animaux et des plantes, tenir compagnie avec les gens et peuvent également partager toutes sortes d’activités de groupe.

 

 Quelques exemples de banques du temps de la moins digitalisée au pure player…

 

 

 

1. LA BANQUE DU TEMPS OFFLINE avec financements publics : LES ACCORDERIES

 

 

 

accorderies

 

Née en 2002 au Québec,  l’Accorderie est un concept solidaire qui vise à lutter contre la pauvreté et l’exclusion et à favoriser la mixité sociale.

Il repose sur un principe simple et original : proposer aux habitants d’un même quartier de se regrouper pour échanger entre eux des services, sur la base de leurs savoir-faire

et ce sans aucune contrepartie financière.

Tout est monnayé en temps, et les échanges se font soit au domicile des membres, soit dans un local, tiers lieux animé par l’organisation

qui est financée avec des fonds publics et compte 1 à 2 salariés par structure.

 

 Concrètement, un membre (Accordeur) qui effectue, par exemple, une heure de dépannage informatique se voit attribuer un crédit de temps qu’il peut ensuite utiliser comme bon lui semble pour obtenir l’un des services proposés par d’autres Accordeurs de son quartier.

 Cette nouvelle forme de solidarité, qui favorise la mixité sociale sur un territoire donné mais répond aussi aux besoins de personnes en situation de pauvreté ou d’isolement, a connu immédiatement un grand succès au Québec, donnant naissance au Réseau Accorderie du Québec en 2006 et à trois nouvelles Accorderies.

 

 Aujourd’hui, le Réseau québécois compte près de 2 000 adhérents et propose plus de 700 services : de l’aide pour déménager ou faire des courses,

en passant par des cours de peinture, de danse ou des travaux de couture…

Tous les talents et les bonnes volontés sont invités à s’engager !

 En 2011, les Accorderies investissent le territoire français.

 

En effet, Le Réseau Accorderie du Québec et la Fondation Macif ont conclu un partenariat pour le développement d’un réseau d’Accorderies en France.

 L’implantation progressive de ce concept commence par le démarrage de deux Accorderies, à Paris (19ème arrondissement) et à Chambéry (Savoie) en 2011.

 

Quatre nouvelles accorderies ont ouvert leurs portes depuis : Die (Drôme), Paris 14e, Paris 18e et Paris Grand-Belleville.

 

Dans un contexte socio-économique difficile où la tentation du repli sur soi est forte, l’Accorderie s’est imposée par son fonctionnement humaniste et sa capacité à recréer du lien social et de la convivialité.

 

 

 

 2. Une banque du temps ONLINE administrée par une entreprise privée pour ses clients : LES TROCHEURES DE CASTORAMA

 

 

 

trocheures

Services de bricolage, les trocheures a été  lancé par Castorama en 2011 afin de permettre à ses clients de s’entraider sur des “coups de main” en bricolage et ainsi les inciter à se lancer dans des travaux eux-mêmes..

 

En février 2012, le site comptait plus de 3 200 membres et la DG Véronique Laury a récemment déclaré au OuiShare Fest vouloir relancer la dynamique du site pour inclure également les salariés du groupe dans la collaboration et l’entraide ( 12 000 salariés c’est une belle communauté sous-exploitées…)

 

 

 3. Une banque du temps  PURE PLAYER A ECHELLE INTERNATIONALE : TIME REPUBLIK

 

 

 

time republik

Première initiative de troc de services à la fois locale, internationale et généraliste, la version française du site a été lancée très récemment ci-dessous une petite vidéo :

 

En effet, le troc de services est souvent lié à des problématiques locales et il est compliqué d’offrir une heure de jardinage à 2 000 km de chez soi, mais pour tous les types de services qui peuvent se faire sans barrière géographique (traduction, graphisme, coaching ..) le site est pionnier via une Banque du temps qui va du ¼ d’heure à l’heure complète.

 Le site, né en octobre 2013, souhaite former une base de données de talents..

 

La base line est très claire : Troquer vos talents contre du temps.

 

Les 2 fondateurs sont originaires de la Suisse italienne, l’un des 2 est graphiste designer et vit à New York.

 Remarquée parmi les 16 Start up de la conférence Le Web 2013 dédié à la “sharing economy”,  la plate-forme se veut extrêmement épurée et pragmatique,

bénéficie déjà des outils de géolocalisation, messagerie instantanée intégrée, notations et profils de membres (évaluation sur critères comme la ponctualité, qualité et vitesse d’exécution).

 L’équipe autour du projet est déjà expérimentée, le modèle économique est très abouti, avec des sources de revenus diversifiées:

– Une application mobile en freemium à destination des membres,

– La monétisation des données des membres :

Pour des annonceurs qui souhaitent communiquer à une population très ciblée ( à la Facebook);

Pour des chasseurs de tête, un service payant pour trouver des talents.

 Enfin, un modèle de publicité classique en mode bannière générique et ciblée en fonction des recherches effectuées dans le moteur interne de talents.

Concernant la construction de la communauté, rien non plus n’est laissé au hasard, des partenariats avec des municipalités en Italie sont en cours pour leur fournir une aide aux personnes âgées, les universités, les co-workers, les incubateurs de start up et associations d’entrepreneurs et freelances sont également envisagés pour développer la communauté.

 Enfin, la plate forme sera également proposée pour un usage local au niveau d’une entreprise ou d’une collectivité.

 Il y a tous les ingrédients pour une mise à l’échelle rapide de la communauté..

Objectif  pour la France : 5 000 membres en Juin 2014 !

en conclusion

Initialement utilisée pour développer solidarité et cohésion sociale sur un périmètre local, la banque du temps digitalisée permet de démultiplier les échanges au sein de communautés d »intérêts online..

L’initiative de Castorama, lancée en 2011, fait figure de pionnière dans la gestion communautaire et collaborative qu’une entreprise peut adopter face à ses clients, et même si le site n’a pas eu le succès escompté, l’idée est bel et bien là..

Un exemple à suivre il me semble pour tout grand groupe qui souhaite  réinventer son ADN pour conserver voir gagner des « clients/salariés/partenaires » et pour ne pas mourir tout simplement…

L’idée est de s’enrichir des autres en offrant ses services …

L’idée et le concept sont à encourager, la banque du temps permettant de se libérer des risques de requalification en travail déguisé..

Tout en laissant des intermédiaires monétiser les données liées à nos expertises …

Je vois ici une problématique liée aux données personnelles très forte et les membres de couchsurfing s’en rappellent encore  …

Si les sites qui hébergent les banques du temps sont transparents sur l’utilisation des données personnelles de leurs membres, nous évitons tout risque de « social washing »…

Alors

  • Solidarité : OUI pour toutes les initiatives qui permettent aux membres de la communauté de s’échanger des coups de main…

  • Travail déguisé : Non,  pas dans la réglementation du travail…

  • Social washing : Oui , On parle plutôt de monétisation déguisée ici…Si la plate-forme utilise les échanges et les données des membres à des fins commerciales ou marketing…La transparence est très importante en ce qui concerne les données personnelles dans ce contexte.

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