L’Economie Collaborative : les concepts

“si le XXème siècle était l’ère de la propriété, le XXIème siècle sera l’ère de l’usage “ – Jeremy Rifkin  L’âge de l’accès

 

 

Ce qui caractérise cettepériode est le regroupement des utilisateurs en communautés de partage, en communautés de contributeurs ou de fournisseurs, en communautés d’achat ou de prescripteurs : Ces communautés s’organisent autour de plates-formes qui leur permettent de mutualiser les ressources en présence pour les redistribuer.

 

De nouveaux usages apparaissent,  privilégiant l’accès à la propriété et la 2ème vie des produits au sein de plates-formes peer to peer.

 

 Les nouvelles technologies ont permis de développer ces plates-formes avec pour chaque verticale du bon coin des garanties supplémentaires, des transactions financières sécurisées et des gages de confiance.

 

La crise financière, écologique et sociétale a donné envie aux consommateurs de les utiliser…

 

Réputée pour redonner le pouvoir aux consommateurs, du pouvoir d’achat certes mais également du pouvoir d’agir appelé aussi Empowerment, cette économie fait les titres des médias pour redonner de la couleur et de l’espoir dans un climat de morosité ambiante.

 

Selon Frédéric Mazzella, fondateur de Blablacar, l’économie collaborative est une utilisation plus intelligente, rationnelle et optimisée de ressources existantes.

 

Selon Vincent Ricordeaux, fondateur de Kisskissbankbank, les valeurs clés de l’économie collaborative sont la désintermédiation et la mise en réseau pour développer une vague d’optimisme face à la morosité ambiante, vague qui redonne le pouvoir à l’usager.

 

 

Origines du concept

 

Le terme de consommation collaborative a été employé pour la première fois en avril 2007 par Ray Algar dans la revue Leisure Report pour décrire les 1ères initiatives d’achat groupé online.

Le phénomène a été ensuite théorisé en 2010 avec le livre de Rachel Botsman et Roo Rogers « What’s Mine Is Yours: The Rise of Collaborative Consumption« .

La même année, Lisa Gansky publie The Mesh: Why the Future of Business is Sharing.

En juillet 2010, elle lance « Global Mesh Directory », un site pour soutenir la croissance de la communauté de la consommation collaborative.

 

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Le collectif OuiShare s’est formé en France en 2011 autour du blog consocollaborative.com.

Il rassemble une communauté constituée d’entrepreneurs, de journalistes, blogueurs, activistes du logiciel libre et d’autres professionnels du secteur.

En juillet 2012, le collectif lance le site OuiShare.net, média collaboratif dédié aux nouvelles tendances de l’économie collaborative.

En mai 2013 OuiShare a organisé le premier OuiShare Fest, une grande fête de la consommation collaborative à Paris.

En juin 2013, Anne Sophie Novel a publié en partenariat  « La vie share« , un guide complet sur la consommation collaborative en France.

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Aux États-Unis, le site Shareable.net est également un média de référence sur le sujet.

Une tentative de définition

Plate-forme collaborative : Plate-forme connectée utilisant les systèmes d’échanges alternatifs et les structures peer to peer  pour réorganiser les marchés des biens et des services dans une dimension sociale et communautaire.

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Une réponse à la crise politique, économique et  sociétale

 

Crise politique

L’Etat Providence a perdu toute légitimité à gérer les biens communs.

La toute-puissance des marchés a réduit le champ d’action des nations qui ont abandonné leurs prérogatives à des pouvoirs transnationaux sans légitimité démocratique (OMC, FMI, banques centrales, marchés financiers, agences de notation…).

 Ainsi, nous voyons ici les limites de la mondialisation qui a souvent été vécue comme une régression en termes d’économie (dumping social, privatisation des biens communs, précarisation du travail, chômage..). De fait, les Français sont conscients que nous entrons dans une période d’austérité durable (surendettement de l’Etat, plans sociaux répétés (1500 entre janvier et oct 2013..) et qu’ils sont les seuls acteurs de leur propre salut.

 A la veille de l’édition 2012 du Forum économique mondial à Davos, son fondateur Klaus Schwab reconnaissait que “dans sa forme actuelle, le capitalisme ne convient plus au monde qui nous entoure”.

Crise économique

Et la crise de 2008 “sub-prime” a porté le coup de grâce à au Néo-libéralisme et à la société de l’hyperconsommation. Les schémas basés sur la fabrication et la distribution en masse de produits «jetables», auprès de consommateurs réceptifs, enthousiastes et dociles, a vécu. Ces derniers, qui ont dû apprendre à vivre avec la crise, se sont émancipés du «marketing des 30 glorieuses», qu’on ne leur impose plus.

Ils ne sont plus dupes de l’obsolescence programmée, qui “consiste pour un industriel à intégrer dans le cahier des charges d’un bien d’équipement une date de panne définitive d’utilisation ou une durée de fonctionnement déterminée, afin de vendre à nouveau.” Jean-Paul Flipo, La Consommation Citoyenne, p34.

Pour le collectif Ouishare, co-fondé par Antonin Léonard, « l’économie collaborative porterait en elle l’espoir de voir émerger un modèle plus vertueux, fondé sur une consommation plus efficiente des ressources ».

Ces solutions, plus écologiques et plus économes contournent les pratiques “buy and trash” où il suffit d’acheter puis de jeter : partager et recycler les objets sont devenus des gestes usuels. Implicitement, ils remettent en cause le productivisme et suggèrent que nos sociétés saturées de biens pourraient en grande partie se contenter de ces nouveaux gestes pour répondre à leurs besoins.

Reprendre le pouvoir sur les filières de vente…contourner la grande distribution en échangeant avec ses pairs…Est une alternative de consommation collaborative.

 

Crise sociétale

Consommation collaborative

Prise de conscience citoyenne : la Consomm’action

Selon Webster, le consommateur citoyen est un consommateur responsable “qui prend en compte les conséquences publiques de sa consommation privée, et qui essaie d’utiliser son pouvoir d’achat pour induire des changements de société”.

En 2010, 64% des consommateurs Français se disaient prêts à payer plus cher des produits fabriqués en France plutôt que hors d’Europe contre 44% en 2005 selon une étude du Crédoc ( Consommation et modes de vie, n°239, Crédoc, mai 2011). Et partout dans le monde les “consomm’acteurs” sont plus vigilants sur leur alimentation et s’écartent de la grande distribution (“malbouffe”, pertes d’emplois locaux, importations non responsable, qualité médiocre, transports énergivores,..).

La consommation collaborative reprend les idées de mutualisation des richesses pour optimiser leur accès et leur redistribution d’une part, et la création de circuits courts pour relocaliser l’économie d’autre part.

Mais le gain de pouvoir d’achat reste le premier point d’entrée des consommateurs pour le moment : Selon une Etude de L’Obsoco en Novembre 2012,83% d’entre nous, en France, disent préférer maintenant l’usage sur la propriété. Ces nouvelles possibilités de partager une voiture/une perceuse/un bricoleur du dimanche/une compétence ou autre sont essentiellement tirées par le gain de pouvoir d’achat qu’elles peuvent générer à très court terme.

Pour l’instant, nous dit d’ailleurs une étude de l’ADEME publiée en avril 2013, nous sommes plus nombreux à avoir déjà pratiqué l’achat groupé (52% des français) que le co-voiturage (8% des français). Les motivations restent encore plus individuelles que collectives pour entrer dans ces pratiques.

Pour Marion Carrette, fondatrice de Zilok et Ouicar, c’est « monsieur tout le monde » qui vient chercher une perceuse ou une voiture. Et, «la motivation est avant tout financière pour les offreurs. Le développement durable… c’est la cerise sur le gâteau», ajoute l’entrepreneuse.

« le critère économique constitue le déclencheur. Mais après, les gens continuent pour l’aspect social. Non seulement le chauffeur peut économiser 180 euros tous les week-ends sur un aller/retour Paris-Lyon, mais en plus, il n’est plus obligé de faire la route tout seul », explique Frédéric Mazzella, président et fondateur de BlaBlaCar.

 

 

Les usages du numérique : définition et impacts

 

Des usages démocratisés

La démocratisation des usages numériques a révolutionné nos modes d’échange, et nous vivons une véritable période de renaissance.

La mise en relation est au coeur de la démarche de la consommation collaborative, et Internet permet la création d’une proximité virtuelle simple et fluide.

Le développement des réseaux sociaux a été permis par le développement du pair à pair.

Ces évolutions technologiques ont profondément bouleversé notre façon de communiquer, d’échanger, de partager, en un mot d’interagir.

 

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Une vieille idée boostée par la technologie

« Je suis persuadé que si Internet avait existé en 1908, lorsque la Ford T a été inventée, le co-voiturage aurait existé à cette même date », explique Frédéric Mazzella.

Quant à Mathieu, Maire du Poset , il rappelle que « cela a toujours existé de faire appel à ses proches pour financer un projet ».

Et Marion Carrette (Zilok) confirme que le prêt entre voisins « est un modèle qui existait depuis longtemps. (…) Avec Internet, on est passé à une autre échelle »

D’autres exemples comme Netflix et De Particuliers à Particuliers fonctionnaient déjà en mode “papier”..

La croissance des systèmes de partage a été accélérée par la capacité des réseaux sociaux à mettre à disposition des utilisateurs  les moyens techniques qui permettent la diffusion et le partage de tous types de flux de manière simple, plaisante et ergonomique.

Des logiques fort anciennes (don, troc, vente d’occasion) sont remises au goût du jour avec une ampleur inégalée : les plates-formes qui se créent aujourd’hui permettent d’augmenter l’usage de ces pratiques, d’élargir le cercle des initiés en permettant des échanges entre inconnus et parfois même à des milliers de km, et de moderniser avec une bonne dose de convivialité des pratiques que nous pensions oubliées.

Ce que les technologies de l’information apportent dans des configurations variables : des plates-formes d’échanges, des forums, des réseaux sociaux, c’est bien sur cette faculté de coordonner à coût faible une offre et une demande excessivement hétérogène.

Nous sommes à l’envers des grands marchés que les économistes et les marketeurs travaillent.

Ces marchés du divers depuis longtemps se mettent aux marges des petites annonces.

Robes de mariage, matériel de jardin, leçons particulières, Week-end à la capitale, voitures ou vélos, l’étendue des produits que l’on consomment et qu’on partagent ne fait que s’accroître grâce à la réduction des coûts de recherche, de négociation et de contrôle que permettent les NTIC.

Ces plates-formes diffèrent des marketplaces C to C classiques, elles ajoutent à leur dimension « consommer malin » une dimension sociale et communautaire qui en fait de mini réseaux sociaux où la confiance se crée facilement même entre inconnus.

D’autre part, elles sont un tiers de confiance concernant les transactions on line, les garanties et assurances induites au prêt, à la location ou à l’échange de produit et services entre membres.

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« Si Internet a toujours relié des acheteurs et des vendeurs, les réseaux sociaux mettent la confiance et les systèmes de réputation à l’honneur. Du partage d’opinions sur les blogs au partage de veille sur Twitter, du partage de photos sur Facebook au partage de lieux sur Foursquare…Il n’ y avait qu’un pas à franchir pour le partage de biens et services dans la vie matérielle : notre mentalité 2.0 a été travaillée par des sites pionniers (tels eBay, Craiglist) prouvant que des inconnus peuvent se faire confiance, pendant que Facebook et autres réseaux sociaux modifient nos interactions sociales. » Anne sophie Novel Vive la co-révolution p.67

 

L’ Empowerment

 

L’Empowerment  est l’octroi de plus de pouvoir aux individus ou aux groupes pour agir sur les conditions sociales, économiques, politiques ou écologiques qu’ils subissent.

EMPOWERMENT

Diverses traductions ont été proposées en français :

« capacitation »,

« développement du pouvoir d’agir »,

« autonomisation »,

« responsabilisation »,

« émancipation » ou

« pouvoir-faire »…

L’usage du numérique a développé notre pouvoir d’agir sur  notre environnement : nous savons maintenant prendre la parole et nous faire entendre plus massivement, mais nous pouvons aussi renverser les modes de production et de distribution.

« La consommation collaborative serait à la consommation ce qu’Internet a été à l’information : la possibilité offerte à leurs utilisateurs de devenir acteurs de leurs environnements » Paulin Dementhon Drivy .

 Pour Philippe Moati, professeur d’économie à Paris Diderot et co-président de l’Observatoire Société et Consommation,

« la diffusion des nouvelles technologies a favorisé l’expression d’une aspiration à consommer autrement, notamment en donnant du sens à la consommation par exemple par rapports aux enjeux environnementaux et d’optimiser son pouvoir de consommation ».

 

L’ Economie de l’accès

 

Il nous a permis d’appréhender une nouvelle forme de consommation qui privilégie l’accès à la propriété, le fameux “âge de l’accès” de Jéremy Rifkin.

« Un jour, nous regarderons le XXème siècle et nous nous demanderons pourquoi nous possédions autant de choses » affirmait récemment Bryan Walsh dans TIME Magazine qui consacrait la Consommation Collaborative comme l’une des dix idées amenées à changer le monde.

La consommation collaborative bouscule les anciens modèles économiques en changeant non pas ce que les gens consomment mais la manière dont ils le consomment.

Au cours des deux dernières décennies, nous avons vu comment la démocratisation de l’Internet a pu bouleverser l’organisation et le modèle économique de certains secteurs d’activités.

Le partage en ligne a brisé certaines barrières d’accès.

A titre d’exemple, le secteur de la musique a lourdement été impacté par l’apparition de sphères de partage en ligne autrement appelé le pair à pair.

L’échange de particuliers à particuliers via ces nouvelles techniques de communication a été le fer de lance de ces évolutions.

Avec les ratings (évaluations) on line, cette consommation construit de nouveaux systèmes de confiance à l’échelle du quartier, comme de la planète.

Elle permet de tisser de nouveaux liens affinitaires et recrée des tribus d’intérêts.

Ces échanges peer-to-peer ne modifient pas la finalité de la consommation, mais la manière de consommer.

Adam Werbach , fondateur de la plate-forme Yerdle, précise que le changement de paradigme réside dans ce qui procure notre sentiment de sécurité qui passe de la propriété des choses qui sécurise aux connections que nous entretenons avec les autres …

My autonomy is my security to one saying My connections with other people are what make me secure.”

 

Dans ses usages ponctuels, détachés, le consommateur n’est plus un simple acheteur : autonome, c’est lui qui décide du mode d’utilisation des objets (troc, location, échange,..) et qui se transforme , à l’occasion, en coproducteur, vendeur, loueur, prêter, emprunteur…

Bénédicte Manier (un millions de révolutions tranquilles).

 

 

 

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